Relations entre feux, communautés végétales et pergélisol au Nunatsiavut (Labrador) : savoirs inuits et utilisation du territoire

Frédéric Dwyer-Samuel*, Alain Cuerrier, Luise Hermanutz
Étudiant à la maîtrise

Dans un contexte de changements climatiques, l’étude de la dynamique des écosystèmes nordiques est un enjeu crucial. En effet, les zones arctiques et subarctiques font déjà l’objet d’un réchauffement qui devrait s’amplifier dans le futur. Les effets d’un tel réchauffement sur les écosystèmes arctiques sont complexes, influençant à la fois les composantes biotiques, abiotiques et sociales de l’écosystème. Dans ce contexte, le feu présente un intérêt particulier parmi les perturbations naturelles dynamisant ces écosystèmes, car des changements de fréquence et d’intensité des évènements sont à prévoir, liés à la susceptibilité de ce phénomène aux conditions climatiques. Les feux ont aussi des impacts larges sur le milieu, affectant notamment le pergélisol et la couverture végétale. À ce niveau, la présence d’interactions multiples entre le climat, la végétation et le feu rend particulièrement complexe la prédiction de l’évolution des écosystèmes nordiques. Si les augmentations de température favorisent une remontée vers le nord de la limite des arbres de même que l’envahissement du sud de la toundra par les arbustes, l’effet qu’aurait une augmentation potentielle de la fréquence des feux sur la limite des arbres reste incertain. La remontée des arbustes dans la toundra et leur capacité de retenir la neige pourrait aussi, comme le feu, modifier la distribution et la profondeur du pergélisol, menant à une augmentation de la température du sol et de la disponibilité des nutriments et, en rétroaction, favorisant encore l’établissement des arbres et arbustes. Ces perturbations environnementales sont aussi importantes pour les populations nordiques. En effet, le feu représente à la fois un danger pouvant nuire aux communautés ainsi qu’un facteur essentiel pour le renouvellement de diverses ressources, notamment alimentaires (fruits), combustibles (bois) ou médicinales. De même, une réduction de la surface de toundra causée par l’expansion des arbres et arbustes pourrait aussi affecter les ressources alimentaires, en réduisant la disponibilité des baies et l’abondance des lichens consommés par le caribou. En ce sens, cette étude comporte plusieurs objectifs. Premièrement, elle vise à clarifier les relations entre les feux, l’état du pergélisol et les communautés végétales au Nunatsiavut, en mettant en lien données écologiques régulières et savoirs inuits. Elle vise aussi à déterminer si une évolution de la fréquence et de l’intensité des feux a été perçue par les communautés locales en lien avec les changements climatiques, ainsi qu’à mieux caractériser la relation de ces populations face aux feux, notamment en lien avec l’utilisation du territoire et la disponibilité de ressources essentielles. Pour ce faire, cette étude aura recours à des entrevues semi-dirigées dans les communautés de Nain et de Postville, de même qu’à des inventaires de végétation, des analyses dendrochronologiques et une caractérisation du pergélisol, en zones brûlées et non perturbées. La présentation faisant l’objet de la présente proposition passerait en revue les connaissances actuelles sur les sujets à l’étude, particulièrement les savoirs inuits, et présenterait la méthodologie établie en vue des travaux terrain de l’été 2018.